• Jean-François Grard

Suivre sa voix - Yaël Naim

Dernière mise à jour : 26 juil. 2021

Suivre sa voix, un portrait entre compositions, rencontres et authenticité.


Le récit posté ci-dessous s'inspire librement de l'entretien mené par Isabelle avec Yaël Naim. Si vous désirez écouter cet entretien, vous pouvez le retrouver ici


Les récits de cette collection s'inspirent des entretiens passionnants menés par #IsabelleLayer dans son podcast 'Viser la lune', podcast que vous pouvez retrouver ici.


#ViserlaLune-Lepodcast vous offre des #interviewsinspirantes où des personnalités partagent, en toute intimité, les (més)aventures qu'elles ont vécues sur le chemin de leurs rêves.


Je remercie Isabelle de m'avoir donné l'autorisation de m'inspirer de ses entretiens.


Mes parents ont quitté le froid parisien pour partir s’installer à Tel Aviv alors que j’avais à peine quatre ans. Nous avions une maison au bord de la mer. Même si j’étais différente, de part mes habitudes, mes intonations de voix, j’ai vite appris à aimer ma nouvelle terre. Mes parents étaient indépendants, mon père tenait un magasin de vêtements et ma mère apportait des soins aux gens.


J’aimais passer la journée dans le magasin de mon père. Il y avait tout le temps de la musique. Je l’entendais souvent chanter de sa voix chaleureuse. Parfois, à la maison, il s’installait au piano ou prenait sa guitare et improvisait.


Lorsque j’ai eu 9 ans, j’ai souhaité suivre des cours de musique. Ils n’avaient pas les moyens de me les offrir, et pourtant, grâce à eux, j’ai pu apprendre à jouer du piano. J’entrais dans les pas de mon père. Il savait l’importance de la musique, ce qu’elle permet de développer à tout âge. En plus, la musique m’était facile.


Lorsque j’ai pu m’asseoir au piano et jouer la première partition que j’avais appris à déchiffrer, ça a été pour moi un moment magique. Je me suis intéressée à de nombreux artistes à la fin tragique. Être musicienne ne me faisait pas peur. Même si pour moi, la fin devait être douloureuse, j’avais trouvé ma voie. Le soir, dans le noir de ma chambre, j’ai commencé à écrire mes propres chansons. Je rêvais de les enregistrer, de pouvoir en faire un album.


J’ai vu un jour dans un journal local, une annonce pour participer à un concours de reprise. Toutefois, ce que je voulais, moi, c’était présenter mes propres chansons. L’organisateur me le déconseillait mais je l’ai convaincu et il m’y a autorisée. La récompense était à la hauteur de mes espoirs. Non seulement, j’ai reçu une salve d’applaudissements mais j’ai gagné le concours avec une de mes propres créations. J’ai compris que la sincérité, ce que j’avais mis dans cette chanson, avait touché le public. Ca m’a permis de remporter une petite somme et la reconnaissance qui m’a encouragé à aller de l’avant. J’ai pu enregistrer ma première chanson avec l’argent que j’avais gagné. Le début de mon aventure musicale.


Je suis ensuite entrée dans une école qui me permettait de combiner mes deux passions, la musique et la littérature.


En Israël, tout le monde doit faire son service militaire. J’ai rejoint le big band de l’armée, et pendant deux ans, nous sommes partis en tournée, jonglant entre pop et jazz.


Pendant ce temps, ma famille était rentrée en France. Je leur ai rendu visite et c’est à ce moment-là que ma vie a pris sa véritable tournure. J’ai assisté à une soirée où quelques producteurs d’une grande maison musicale étaient présents. Je ne sais ni comment ni pourquoi, mais quatre jours après cet évènement, je signais un contrat pour une grande maison. Ma carrière était sur des rails.


Je ne voulais néanmoins pas m’éloigner de mes influences soul et jazz. Je voulais que ma musique soit au croisement de ces influences et j’espérais que la maison allait me suivre. J’avais déjà écrit plusieurs textes et posé mes arrangements dessus. Ça ne pouvait pas ne pas marcher. Et pourtant, comme je devais en vivre, j’ai dû me plier à ce qu’ils me proposaient, même si je m’éloignais de moi.


Malgré tout, je continuais de mon côté à composer, à écrire, à développer ma propre musique, mes propres propositions. Je pouvais me reposer sur les avances qu’ils m’avaient allouées.


Le chemin peut être long et douloureux quand des failles sont présentes et que les personnes qui te rencontrent viennent se glisser dans ces fragilités. J’ai écouté leurs voix au risque de me perdre sur le chemin. J’avais besoin de me confronter au monde extérieur, de partager ce projet qui m’était personnel. J’avais l’envie de créer quelque chose d’unique, qui ne rentrait pas dans les modèles existants. Et j’avais besoin de ces rencontres, bonnes ou mauvaises, pour trouver la voie.


J’étais peu rassurée. J’empruntais un chemin où je pourrais échouer. Pour autant, j’éprouvais un tel bonheur à faire au quotidien ce que j’aimais tout simplement.


J’ai voulu enregistrer ce qui était important pour moi en n’obligeant personne à collaborer avec moi. J’ai avancé sans maison de disque, sans argent pour créer cet album. Je m’inventais des instruments avec ce que j’avais sous la main. J’ai présenté mes titres à deux trois personnes qui connaissaient le milieu, et de bouche en oreille, j’ai fini par toucher un certain nombre de personnes. J’ai pu choisir la maison qui m’accompagnerait parmi celles qui me contactaient.


Parfois, la patience a du bon. J’espérais que les choses iraient vite. Mais non, il a fallu le temps nécessaire pour y arriver. J’ai mis les choses en mouvement, déployé une belle énergie, et finalement, tout s’est mis en mouvement. Je vibrais mes créations, et elles ont atteint des personnes qui étaient dans la même vague que moi.


Il faut pouvoir s’entourer. Les rencontres se font quand elles le doivent, au détour d’un quartier ou au fond d’un bar. Je vibrais mon projet et j’ai rencontré des personnes merveilleuses sur ma route, en accord avec mes vibrations.


J’ai aussi participé à des projets qui ne me correspondaient pas, qui me permettaient de survivre mais pour lesquels je ne vivais pas, des navires musicaux dans lesquels je suis monté et que j’ai quitté à la première escale, reprenant le chemin de ma création. Je voulais retrouver ce pour quoi j’étais venu en France, me rapprocher du chemin dont je m’étais détourné.


J’ai testé d’autres aventures, d’autres ports, d’autres mondes. J’ai posé mes valises à New-York et vécu sa compétition permanente. J’aurais pu m’y laisser écraser. Rentrer dans le rang, suivre la recette qui m’était proposée et qui était également indigeste. Je ne parvenais pas, dans cette ville qui ne s’endort jamais, à imposer mon unicité. Je voulais pouvoir m’inspirer de ce que je vivais, pour créer quelque chose d’unique et non formaté. Je voulais suivre mon instinct.


C’est là-bas aux Etats-Unis que j’ai rencontré la chance, ce moment où ma musique s’est retrouvée sur les petits écrans, utilisée pour une pub qui a fait le tour du monde. Ça a amené mon album au sommet.


Je ne m’étais pas défini de but, ni n’avais rempli ma vie d’attentes inconsidérées. J’avais ouvert la porte à tous les possibles, sans peur, en m’offrant le plaisir de vivre le présent, de m’aligner à ce que je ressentais. Ce que je vivais alors était vraiment dingue.


Était-ce un cadeau que je recevais ou la simple conséquence de mes choix ? Ce que je sais, c’est que c’était juste, pour moi.


J’ai fait d’autres albums qui ont moins marché. J’ai continué à faire la musique que j’aimais, comme je le sentais et le voulais. Je me sentais à ma place. Peu importe les résultats, je vivais le bonheur au quotidien.


Certaines difficultés sont apparues avec le temps, lorsque j’ai décidé de me lancer dans une aventure en solitaire. Mon compagnon m’a encouragée à y aller. A aller au fond de moi, pour créer quelque chose qui me correspondait au plus proche. Les premières fois où j’ai fait écouter mes nouvelles compositions, l’accueil était mitigé. C’était inabouti, tortueux, incompréhensible. M’étais-je trompé ? Etais-je incapable de faire quelque chose seule ? Cette peur m’a coupé les ailes de la créativité.


Mon compagnon m’a poussé à recommencer, à aller au bout des choses pour ne rien regretter. Je suis allée à la rencontre de mes peurs et de mes démons, je suis allée élargir des failles que je n’avais jamais explorées : mes colères, mes tristesses, mes cicatrices. J’ai fait le tour de mon vécu, pour en sortir apaisée, après avoir affronté des tempêtes. Je suis allée au bout de tout, au bout de moi, au bout de ce projet qui est devenu une réussite.


Chacun de mes albums a accompagné un chapitre de ma vie. J’ai suivi le rythme des vagues qui montaient et descendaient. Je me suis parfois retrouvée en apnée. J’ai été profondément secouée. Pourtant, je suis heureuse de ce que j’ai appris au cours de cette traversée.


Je sais que je suis forte et que je peux aller sur des routes qui me font peur.


La maternité fait partie de ces aventures qui me faisaient peur. Je pensais devoir sacrifier ma passion pour la musique pour accueillir ces humains qui ont changé ma vie. Je ne savais pas dans quoi je me lançais ni que j’allais connaitre cet amour qui allait tout changer, qui allait me donner encore plus de force.


Aujourd’hui, je me félicite de ce que j’ai fait, de tout ce chemin. Je prends dans mes bras la petite fille que j’étais pour lui dire que finalement, tout s’est bien passé, qu’elle a eu raison de croire en ses rêves.


J’ai vécu des moments fous de création, des moments de liberté complète. Et des moments où j’avais l’impression que tout s’écroulait, que je pourrais tout détruire.


J’ai toujours donné le maximum pour aller au bout de mes projets, en fonction de ce que je l’énergie que j’avais à ces moments-là. Je me suis toujours octroyée du temps pour me retrouver, pour me découvrir, pour aller chercher au fond de moi cette force que je ne connaissais pas.


J’ai fait le choix de rester alignée sur qui j’étais, et j’ai pris le temps d’accueillir tous les

changements qui se présentaient à moi, en en tirant tout ce qu’ils pouvaient m’offrir.


Là, je suis au calme, chez moi, je profite du temps que je m’offre pour vivre pleinement ce que je vis.

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