• Jean-François Grard

La voix de la maternité - Clémentine Galey

Dernière mise à jour : 26 juil. 2021

La voix de la maternité, un portrait entre défis, message et maternité.


Le récit posté ci-dessous s'inspire librement de l'entretien mené par Charlotte avec Clémentine Galey. Si vous désirez écouter cet entretien, vous pouvez le retrouver ici


Les récits de cette collection s'inspirent des entretiens passionnants menés par @Charlotte Desrosiers Natral dans son podcast 'Pourquoi pas moi?', podcast que vous pouvez retrouver ici.


@PourquoiPasMoi-Lepodcast vous offre des #interviewsinspirantes où des personnes qui ont un jour rêvé changer de vie, ont osé écouter leur petite voix pour franchir le pas.


Je remercie Charlotte de m'avoir donné l'autorisation de m'inspirer de ses entretiens.


Je suis une éternelle insatisfaite. Comme Dorothy, je souhaite aller voir ce qu’il y a de l’autre côté de l’arc-en-ciel. Je sais ce que j’ai chez moi, mais j’aime rêver de ce qu’il y a ailleurs, dans un autre monde.


J’en veux toujours plus. Dès que j’obtiens un poste que je convoite, je cherche à trouver mieux, encore mieux. Ca me motive énormément. Toujours aller de l’avant. Je me le répète sans cesse.


J’ai vécu dans une famille de quatre enfants, dont je suis l’ainée. Je suis la grande sœur de deux jumelles, deux poupées dont je me suis occupée quand j’étais jeune. Mon père était souvent en tournage à l’étranger et j’aidais au mieux ma mère, au quotidien. Elle s’occupait de nous comme elle pouvait et l’aider était la moindre chose que je pouvais faire.


Mon temps libre, je le passais sur scène. Je faisais du théâtre. Je participais à de petits spectacles, quelques mises en scène avec des copines.


J’ai toujours aimé les déguisements. Et je vois que ma fille aujourd’hui marche dans mes pas. Elle peut se changer une dizaine de fois par jour.


Être comédienne était un rêve pour moi mais ma timidité m’en empêchait. J’y arrivais devant ma tribu mais face à une foule d’inconnus, j’étais paralysée. Mes parents avaient une passion pour le cinéma, et m’y ont immergé pendant des années. Le cinéma pouvait être une autre carrière pour moi. Comme j’avais grandi dans cet univers, je voulais poursuivre sur cette voie. Je voulais me glisser derrière la caméra. Amener mon regard sur ce monde. Je trouvais ça génial.


Je suis entrée par la petite porte, au pied des marches. En tant que stagiaire, je photocopiais les scénarios et je distribuais les cafés pour les équipes. Ça me permettait de découvrir l’ambiance d’un tournage et de m’en imprégner.


Petit à petit, je suis devenue assistante du réalisateur. J’organisais l’emploi du temps des comédiens, leur passage chez le maquilleur, chez le costumier. Je voyais les comédiens quitter leur costume du quotidien pour entrer dans leur rôle. Et lui donner vie au fur et à mesure. Il y a une sorte de magie dans la mise au jour d’un nouveau personnage, quand il se glisse dans son costume, quand il change de posture, quand il se démarque de qui il est au quotidien. C’est une aventure qui m’a fait énormément de bien. C’était passionnant et réjouissant. Mais je voulais pouvoir poser mon balluchon.


J’avais 25 ans et je voulais me poser, fonder une famille. Je courrais les tournages depuis près de 5 ans maintenant et j’avais envie de me stabiliser.


Je me suis plongée dans un nouveau défi. J’ai découvert le monde de la télévision et de la production de l’autre côté de l’atlantique. Je m’éloignais de mon compagnon, que je connaissais depuis peu. C’était un autre défi pour nous de voir si notre relation pourrait supporter cette distance.


A New-York, j’ai trouvé un stage dans une boîte de production. La vie y est hors de prix. Je bossais à côté dans un resto ‘Made in France’ pour compléter le montant qu’ils me versaient. Je pouvais payer mon loyer. Et quelques sorties, avec un peu de chance.


Heureusement, mes parents me soutenaient. Lorsque je bossais dans le cinéma, j’étais libre. Je bossais contrat par contrat. Financièrement, ça ne me permettait pas de folies.


Quand je suis rentrée auprès de mon compagnon, je voulais parler de voyages et de bons plans. J'y avais pris goût lors d'une émission à New-York et je voulais continuer dans cette voie. Une chaine en France m’a contactée pour me proposer d’interviewer les habitants de nombreux pays, m’offrant la possibilité de voyager et de découvrir les couleurs locales. Je passais pour la première fois devant la caméra. C’était une nouvelle expérience pour moi, une expérience que j'ai adoré même si elle a duré trop peu de temps.


Au sortir de ces tournages, j'en avais à nouveau marre de voyager, je voulais pouvoir trouver des horaires fixes, entourée d’une équipe fixe. Et c’est là que la productrice d’une émission à naître m’a contactée. Nous nous sommes connectées immédiatement. J’avais réussi mon entretien d’embauche. Je devenais directrice de casting pour une émission culinaire qui démarrait et qui allait mettre en évidence de nombreux talents de notre terroir.


Je me suis laissée entrainer dans cette nouvelle aventure. J’apprenais énormément sur ce chemin. Je voulais la suivre sans hésitation, j'étais vraiment enthousiaste. Je formais une équipe avec une personne formidable, qui rayonnait. C’était un moment de folie. Nous créions une nouvelle émission. C’était enrichissant. Amener les jeunes chefs à croire qu’ils pourraient intéresser les téléspectateurs était un défi tout aussi important. Nous devions leur donner envie de nous suivre, d’entrer en cuisine pour sortir les meilleurs plats possibles.


Je m’occupais des candidats et une autre personne s’occupait de caster le jury. Pendant cette première saison, nous avons essuyé les plâtres. C’est le moment où je me sens au mieux dans un projet. Ensuite, je laisse la routine aux autres.


Par la suite, après la naissance de mon deuxième enfant, je me suis lancé dans un autre projet de téléréalité sur une autre chaîne. J’étais cuite mais c’était une opportunité de dingue d’intégrer cette chaine. La pression familiale s’est accrue. J’étais épuisée, et j’ai perdu l’éclat de mon plumage.


A la maison, j’ai passé le relais à une nounou, pour me sortir de cette course quotidienne. Je n’arrivais plus à jongler entre mon boulot, les enfants en bas âge, mon couple. Mon nouveau boulot me demandait de créer un poste qui n’existait pas, de m’entourer d’une équipe qui n’était pas là. Je devais retrouver un rythme qui pourrait me permettre de tenir. C’était grisant, mais épuisant.


En plus, le boulot me demandait de m’intéresser à de nombreux domaines que je ne connaissais absolument pas, que ce soit la gastronomie, les sages-femmes, ou d’autres encore.


J’y ai entendu une petite voix qui me conseillait de me lancer dans quelque chose qui ferait sens pour moi, de m’affranchir de la structure de la chaine, de mettre en place ma propre structure, ma propre chaine qui donnerait voix à d’autres.


Ma sœur m’a alors initiée à l’entrepreneuriat, elle m’a ouvert les yeux sur des pans de vie que je ne connaissais absolument pas. J’ai assisté à des conférences, je me suis nourrie des expériences qu’elle me permettait de vivre. Grâce à elle, j’ai pu mettre sur pied un plan, poser les bases de ma reconversion.


J’ai commencé à écouter des podcasts, à potasser sur le sujet. J’ai fini par me demander ‘Pourquoi pas moi ?’. Il me fallait un point d’approche, un angle de vue. En discutant avec ma petite sœur pendant sa grossesse, je me suis rendu compte que les jeunes de sa génération manquaient d’énormément d’informations sur le sujet. J’étais choquée par cette situation. J’avais autour de moi des copines qui étaient enceinte ou jeunes mamans, qui avaient vécu de nombreuses histoires autour de la maternité qui pourraient aider d’autres maman.


En suivant un autre podcast qui parlait maternité, j’ai constaté que les femmes du monde entier vivaient des moments universels qui les reliaient, qui nous permettaient d’être source d’informations l’une pour l’autre. Je voulais explorer cela avant de m’embarquer. Je le sentais dans mes tripes.


J’ai investi dans le matériel nécessaire pour débuter. J’ai commencé des entretiens avec des femmes proches de moi. Et j’ai ressenti que j’étais sur la bonne voie. Je n’avais besoin de l’accord de personne pour continuer. Je savais que ça allait prendre du temps.


Je me suis dit qu’il fallait que je poste les trois premiers épisodes pour voir si cela prenait. Les retours ont été très positifs. Je bossais toujours pour la chaîne de télévision pendant la journée et le soir j’allais interviewer des amies proches de ma sœur. Et ensuite d’autres femmes qui se livraient dans les commentaires sous mes podcasts. J’avais l’impression de les connaître toutes.


A la maison, mon compagnon s’occupait des enfants. Je jonglais entre deux boulots sur ma journée. Je dormais beaucoup moins, mais j’étais enthousiaste, vraiment enthousiaste. Je ne comptais pas mes heures et les retours que je recevais me portaient. Des futures mamans me remerciaient pour ce que je leur apportais.


J’informais les femmes enceintes, je passais au-dessus des dysfonctionnements de la société. Toutes ces femmes ont trouvé un moyen de se connecter, de trouver des sœurs de parcours. Le podcast me prenait de plus en plus de temps. Je suis passé à 4/5ème avec le soutien de mon employeur et des équipes qui m’entouraient.


Par après, j’ai voulu monétiser le podcast. Le nombre de mail que je devais traiter pour lui dépassait ceux à traiter pour mon employeur. C’était un signe que le sujet prenait de l’ampleur. Comme j’avais de grosses écoutes, les marques ont commencé à s’intéresser à moi. Une plateforme m’a ensuite approché pour me proposer un partenariat.


Je me suis rendu compte que je pouvais en tirer quelque chose et peut-être passer à temps plein sur les podcasts. J’avais lancé le mien depuis un an et je négociais une rupture conventionnelle pour quitter mon emploi. Je bénéficiais des allocations de chômage, ce qui me permettait de continuer sereinement cette aventure.


Ce podcast est comme mon bébé. Quand j’ai croisé son regard, j’ai su que ma vie changeait. Depuis, le bébé a grandi, est devenu une marque. Aujourd’hui, j’écris un livre. Le podcast est sur les rails. J’ai envie de poser sur papier toutes les histoires qui y sont racontées. Ce livre me prend énormément de temps. Replonger dans mes enregistrements pour écrire mon livre m’a fait un bien fou.


Je diffuse un épisode par semaine sur la plateforme. J’ai embauché quelqu’un pour m’aider, une personne que j’avais eu comme stagiaire chez mon ancien employeur. Nous avions travaillé ensemble, elle connaissait mon fonctionnement et je savais pouvoir lui faire confiance.


Chaque fois, je choisis mes intervenantes en fonction du message qu’elles portent et de leur voix, pour que celles qui l’écoutent puissent s’identifier. J’ai mon ton et ma personnalité. D’autres abordent cette thématique et parlent à d’autres femmes.


Je me dis qu’après et comme souvent, j’irais explorer d’autres territoires. J’ai un grand nombre de projets en tête. J’ai seulement 40 ans, et je suis libre d’avancer comme je le sens. Je me crée la vie que je veux.


Podcasteuse est un nouveau métier qui ne fait que grandir et beaucoup arrivent maintenant à en vivre.


Mes enfants me voient travailler beaucoup et ils prennent conscience de la valeur du travail. Je travaille toute l’année, même en vacances, je ne coupe pas réellement. Je peux cependant libérer du temps à n’importe quel moment, aller les chercher à l’école, les accompagner pour leurs activités extrascolaires. Je les intègre dans ce que je fais. Ils sont maintenant hyper informés sur le sujet de la maternité.


Si j'en suis arrivée là, ce n’est pas un coup de chance, j’ai fait ce qu’il fallait pour y arriver. J’ai construit mon projet, j’ai passé énormément de temps dessus. Je fais ce que j’aime à plein temps, en conservant un équilibre familial, même s’il a souffert, même si mes enfants et mon compagnon en ont bavé aussi.


J’ai fait confiance en ce que la vie mettait sur mon chemin, et pour l’instant j’ai bien fait de lui faire confiance. J’ai connu quelques déceptions dans ma vie antérieure, parce que je n’avais pas le retour de mon implication. Je croisais parfois le chemin de personnes qui avaient assez de répondant. Mais elles n’étaient pas très nombreuses.


Aujourd’hui, je sais que le tabou n’est plus nécessairement là autour de la maternité, et des difficultés que certaines femmes rencontrent. Je leur ai donné un moyen de s’exprimer et de prendre conscience qu’elles n’étaient pas seules à vivre certaines expériences. Qu’elles pouvaient s’appuyer sur d’autres vécus. Elles me partagent leurs émotions, leurs ressentis et je vibre avec elles. J’ai créé une communauté, fondée sur le bouche-à-oreille, et j’ai grandi avec elle.


J’ai bien fait d’écouter cette voix qui me parlait et qui me disait de ne pas écouter les voix extérieures. La maternité peut être un sujet trash, parce qu’on entre dans l’intimité de femmes que l’expérience a marquées. Mais ce dont j’ai parlé a touché énormément de monde.


Cette confiance que j’ai en moi, je la dois à mes parents. Elle est là et je peux me reposer dessus pour m’engager dans les aventures qui m’attirent. Ils ont toujours cru en moi et je savais que même si je me plantais, ils seraient là pour m’aider à me relever. J’aime voir dans leurs yeux cette fierté. J’ai un socle solide sur lequel baser mes projets.

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