• Jean-François Grard

L'engagement collectif - Caroline Abadie

Dernière mise à jour : 26 juil. 2021

L'engagement collectif, un portrait entre engagement politique, convictions et collectivités.


Le récit posté ci-dessous s'inspire librement de l'entretien mené par Charlotte avec Caroline Abadie. Si vous désirez écouter cet entretien, vous pouvez le retrouver ici


Les récits de cette collection s'inspirent des entretiens passionnants menés par @Charlotte Desrosiers Natral dans son podcast 'Pourquoi pas moi?', podcast que vous pouvez retrouver ici.


@PourquoiPasMoi-Lepodcast vous offre des #interviewsinspirantes où des personnes qui ont un jour rêvé changer de vie, ont osé écouter leur petite voix pour franchir le pas.


Je remercie Charlotte de m'avoir donné l'autorisation de m'inspirer de ses entretiens.


Un jour, je me remettrai au sport.


Petite, je me voyais écrivain, avocate ou juge. Je n'ai encore accompli aucun de ses rêves, même si j'ai approché la loi et la justice en participant à un jury d'assise. Tirée au sort par l'adjointe au maire, cette expérience a changé ma vie. J'ai pris conscience, dans cette salle où se croisent toutes les misères du monde, que c'était la société qui avait amené là les personnes qui étaient jugées que c'étaient le déracinement, l'absence d'un père ou d'autres souffrances qui les avaient conduites là.


J'avais entreprise des études de droit pour prendre soin des victimes, pour empêcher les gens de prendre un mauvais chemin. La difficulté des concours m'a poussé à bifurquer vers le recrutement en entreprise. Je gardais dans un coin de la tête l'idée de lancer un jour ma propre entreprise, sans me projeter trop loin.


A l'époque, j'habitais Paris me je savais bien que je ne pourrais y donner à mes enfants l'environnement dans lequel j'avais vécu ma propre enfance. Je suis née proche d'une grande ville du Rhône. A cette époque, je pouvais encore sortir et aller où je le souhaitais, sans devoir être surveillée. Mon père lui était souvent sur la route, pour le boulot, ma mère, elle, était infirmière.


Dès notre rencontre, j'ai annoncé à mon mari que je ne voulais pas voir grandir mes enfants à Paris. Nous avons beaucoup discuté du projet que nous voulions mettre en place. Ensemble, nous voulions ouvrir une maison d'hôte dans la région lyonnaise. Pour mieux connaitre le métier, nous passions souvent nos vacances dans ce type d'hébergement. De mon côté, je cherchais une maison qui pourrait accueillir notre projet.


C'est un choix de vie qui impactait toute le famille. Tenir une maison d'hôtes a ses contraintes: assurer les horaires, les clients qui débarquent tard le soir, les week-ends où nous devons être présents. Ce projet me permettait d'avoir une vie de famille privilégiée. En outre, je pouvais compter sur le soutien inconditionnel de mon mari. Et comme gestionnaire de projet, il m'apportait ses compétences en matière d'organisation. Mes parents étaient fiers de voir notre projet aboutir.


Avant d'ouvrir, nous avons dû réaliser de nombreux travaux, petit à petit, afin de ne pas épuiser mes parents. Nous avions trouvé une belle maison dans la région, nous avions fait un bel investissement. J'attendais de ce projet un retour direct et rapide des clients que je ne recevais pas en tant que recruteuse.


En même temps, avec une amie, nous accompagnions des jeunes de quartiers défavorisés à faire leurs devoirs. J'imaginais que les aider leur permettrait d'éviter le chemin des assises. Mais je n'avais ni la patience, ni l'abnégation pour en faire un métier. Entre la maison d'hôtes, mes propres enfants, je ne pensais pas avoir le temps, la force de vider la mer à la petite cuillère. Je voulais réaliser des choses ayant une plus grande ampleur.


C'est alors que le futur président Macron, a lancé son appel, pendant sa campagne présidentielle. Je voulais suivre cet appel et m'engager. J'ai passé ce jour-là une nuit blanche. J'en ai parlé à une amie qui m'a conseillé d'y aller, de foncer, que je verrais après. J'en ai discuté avec mon mari, ne sachant pas si je pourrais y arriver, ni quelle serait l'utilité de mon engagement. Je n'en ai pas parlé à mes enfants, par peur de leur réaction quand ils apprendraient que nous ne nous verrions plus quelques soirs par semaine.

Celui-ci allait me prendre du temps, et nous devions trouver une nouvelle organisation quotidienne, entre la maison d'hôtes, les enfants et les réunions qui se passeraient à Paris.

J'ai réalisé le premier petit pas, allant distribuer des tracts sur les marchés, dans les boîtes aux lettres, rencontrer les citoyens pour faire connaître notre message.


Je ne m'étais jamais imaginée entrer en politique. Certains de mes amis s'étaient eux impliqués quand nous étions plus jeunes, mais, à l'époque, je ne me reconnaissais dans aucune famille politique à 100%. Macron, dans son message, allait chercher le meilleur des idées, que ce soit à gauche ou à droite, et voulait abolir les barrières qui existaient entre les différents courants.


J'ai commencé à militer. Je voulais représenter ma région, et j'ai monté un dossier de candidature. Ca m'a pris quelques heures. En même temps, je me montrais sur les marchés. je n'en avais encore rien dit à mes parents. Nous parlions peu de politique entre nous mais je savais que les idées que j'avançais n'étaient pas les leurs. C'était un choix difficile à avaler pour eux. Mais, majeure et vaccinée, je pouvais faire mes choix. Depuis toute petite, mon précepte, c'est fonce, tu réfléchiras après. Je me sentais à la hauteur de mes ambitions. Je devais me donner les moyens pour les atteindre. Je ne voulais pas trop y réfléchir


J'étais prête à travailler et à me créer ma chance. Je l'avais déjà fait lorsque j'ai décidé de monter ma chambre d'hôte. J'y avais travaillé, pris des risques, mis les chances de mon côté pour que l'impossible se fasse. J'avais un jour pris un autre chemin, et abandonné mes rêves d'être juge ou avocate.


Je ne croyais pas être investie par le mouvement, être leur porte-parole en montant mon dossier. J'y étais allée étape par étape, et je devais m'habituer au costume que j'endossais. Prendre des épaules, grandir petit à petit, du premier tract aux élections, sans me mettre trop de pression.


Macron a été élu président. Nous devions encore nous confronter aux législatives et reprendre le chemin de la campagne. Pour y arriver, je me suis faite accompagner. Je devais pouvoir, en tant que candidate, défendre mes idées lors de débats publics. Il m'en a fallu quelques-unes pour que je me décontracte.


J’avais quitté Paris parce que je ne la supportais plus et pourtant je devais y retourner pour y défendre la cause de ma région. Même si je risquais de ne plus voir autant mes enfants, je me suis dit que je le faisais pour eux, pour leur servir d’exemple. Je savais qu’en tant que femme, il me faudrait faire trois fois plus que les hommes pour acquérir ma légitimité. Je devais m’y confronter.


Je suis sortie en tête des bureaux de vote le soir des élections. Les candidats du Front National étaient sortis en tête dans de nombreuses circonscriptions. Je serais confronté à l'un d'eux lors du deuxième tour. J'avais alors compris que j'avais de nombreuses chances d'être élue. Je n'ai plus touché terre pendant une semaine. Je devais être efficace immédiatement. De nombreuses questions et idées se bousculaient dans ma tête.


J'allais être élue et il faudrait trouver quelqu'un pour s’occuper de la chambre d’hôte. Une de mes amies a pris le relais et les clients n’y ont pas vu de changements. Elle s’en occupe très bien, et le retour que les clients me font quand je les croise de temps en temps me le confirme. Pour préserver notre vie de famille, nous avons décidé de ne plus recevoir de clients depuis que je suis députée. Mes enfants, eux, ont mis du temps à accepter de moins me voir, même si c'est eux qui aujourd'hui me rassurent en me disant qu'ils survivront à trois jours sans me voir.


En devenant députée, je ne savais dans quelle commission je travaillerais. Je ne connaissais pas leur fonctionnement mais je savais que c'était là que se faisait le travail. Le député participe aux différentes commissions en fonction des sujets qui sont abordés. Chaque groupe politique y envoie des représentants pour défendre leur point de vue.


J'étais impressionnée d'entrer dans l'hémicycle. Je voulais être digne de la fonction et du choix de ceux qui avaient voté pour moi. J'ai été très bien accueillie par les autres députés, mais également par les membres du personnel, qui finissent par connaître le nom et le visage de tous les députés. Les nouvelles élections avaient entraîné un rajeunissement des cadres, et l'apparition de nouveaux visages dans toutes les formations de l'assemblée.


Rien ne vaut le terrain pour apprendre la réalité de fonctionnement et progresser au jour le jour, même si notre groupe avait organisé des séminaires pour nous former aux arcanes du système et aux différentes procédures. Pour l'ensemble de notre groupe, nous aurions réussi notre mission le jour où nous aurions réparé la France et il était temps pour nous de nous mettre au travail.


J'ai pris en main les sujets qui tournent autour de la justice et de la sécurité. Je travaille également, à la demande du mouvement, à ce qui touche au communautarisme. Je donne des guides et des idées d'actions aux autres candidats pour que les idées communautaristes n'émergent pas dans certaines municipalités.


Je m'étais fixé deux objectifs pour aller au-delà de la moitié du mandat: que ma famille n’en souffre pas et que mon action soit utile, parce que si tant au niveau individuel que collectif, j’échouais, autant pour moi laisser la place à quelqu’un d’autre. J'ai pris conscience de l'utilité de mon action. J'ai fait passer des messages et permis à certaines associations de mettre en place de bonnes pratiques à plus grande échelle, comme dans le cadre de la prise en charge d’auteurs de violences conjugales par exemple.


Je pense que la petite fille que j’étais, très critique à l’époque, me dirait qu’il y a encore énormément de choses à faire pour la société, que je dois continuer. Si un jour ça devait s'arrêter, j'aurais sans doute d’autres envies à réaliser.


J’ai rencontré nombre de personnes passionnantes qui me donnent encore envie de m’investir aujourd’hui, qui m'ont nourri. Je verrai à la fin de mon mandat si nous avons atteint collectivement nos objectifs. Personnellement, j'ai participé à un élan collectif, j’ai progressé, j’ose prendre la parole en public, je construis cette confiance autour de moi.


Comme je suis souvent sur la route, je ne vois pas assez mes proches, mes amis. Je les contacte régulièrement, par téléphone, par textos. J’éclaire de l’intérieure cette vie politique qu’eux n’ont pas.


Et j'ai un roc à la maison, qui éclaire mon chemin de sa confiance et sa douce certitude.


Enfin, un jour, peut-être, je me remettrai au sport.



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