• Jean-François Grard

Le monde des lamas - Muriel Bastit

Dernière mise à jour : 26 juil. 2021

Le monde des lamas, un portrait entre élevage, partage et bien-être.


Les récits de cette collection s'inspirent des entretiens passionnants menés par @Jean-Michel Rallet dans son podcast 'Changement de vie (in)volontaire', podcast que vous pouvez retrouver ici.


@Changementdevie(in)volontaire vous offre des #interviewsinspirantes où il est allé à la rencontre de femmes et d’hommes connus, ou pas, tous très inspirants, qui racontent comment un jour, leur vie aussi a changé.

Le récit posté ci-dessous s'inspire librement de l'entretien mené par Jean-Michel avec Muriel Bastit. Si vous désirez écouter cet entretien, vous pouvez le retrouver ici


Je me souviens de cette dame assez âgée, qui s’est avancée, toute voutée vers le lama que j’avais emmené dans la maison de repos où elle résidait. Elle avait fait son entrée dans la salle commune, fermée à toute discussion. Elle bousculait les autres pensionnaires pour venir à proximité de l’animal. Elle s’est doucement approchée du lama, a mis ses mains autour de son cou, a posé sa tête dans la fourrure, et s’est laissée aller. Quand elle est ressortie de la pièce, elle était ouverte, souriante et se tenait droit.


Le lama est un animal qui est domestiqué depuis 5000 ans par les incas. Aujourd’hui, c’est devenu un animal de compagnie. Cependant, c’est un animal qui vit en groupe. Quand quelqu’un souhaite en acquérir un, il doit tenir compte de cela. De notre côté, nous en élevons depuis quelques années à la ferme, parce que leur laine est agréable au toucher, parce qu’ils sont doux avec les humains.


A l'inverse de ce que nous voyons dans certaines bandes dessinées, le lama ne crache pas facilement, sauf lorsqu’ils ne sont pas bien physiquement et psychologiquement. Ce que j’aime chez eux avant tout, c’est qu’ils m’apaisent, comme ils apaisent les groupes et les personnes qui viennent les voir. Parfois, je les emmène en visite, dans des maisons de repos, je fais le tour des chambres, je m’arrête dans les salles communes. Ils ont un effet bénéfique sur les pensionnaires. Quand ils sont au contact des lamas, les gens sont souvent plus réceptifs aux soins et différentes thérapies. Ils se concentrent sur le lama, oublient leurs malheurs, vont se détendre et être plus disponibles aux traitements.


Avec ma famille, nous vivions à Paris, où nous avions notre travail. Quand nous allions en province pour nos vacances, l'idée de rentrer à Paris nous prenait aux tripes. Nous ne voulions pas quitter la Province.


Une année, notre fils ainé est tombé malade, et l’air urbain ne lui convenait plus. Nous avons décidé de quitter Paris pour nous installer dans la Creuse. Mon mari y a trouvé un travail et j’ai ouvert un centre de loisir dans un petit village, riche d’histoires originales.


Malheureusement, quelques temps plus tard, sur le chemin du travail, mon mari a eu un grave accident de la circulation, avec séquelles. Il a été muté en Corrèze dans le cadre de son travail et nous sommes allés nous installer dans la ferme que mes grands-parents y possédaient.


J’ai dû par ailleurs trouver un travail pour subvenir également à nos besoins. Je suis devenu factrice, pendant 6 ans. Sur le côté, je voulais me lancer dans d’autres choses. Je fourmillais d’idées. Je m’intéressais au textile et en particulier au mouton et à sa laine, mais ça nécessitait de gros investissements. Je me suis aussi intéressée à d’autres petits animaux, mais tout nous demandait de trop gros frais.


Je me suis alors renseigné sur les nombres de bêtes que nous pouvions élever à l’hectare, et j’ai découvert les camélidés. Je suis tombé amoureuse des lamas des Pyrénées après avoir visité quelques élevages dans la région. Nous avons décidé avec mon mari de monter un projet d’élevage de lamas. Nous nous sommes formés les week-ends, nous avons fait des stages en France pour élever, éduquer les lamas et être bien avec eux. Nous avons alors acheté nos premiers lamas auprès d’un éleveur réputé. Ils étaient beaux, une belle laine, mais le jour où nous sommes allés les chercher, nous nous sommes rendu compte que les bêtes que nous achetions étaient squelettiques, que nous nous étions faits avoir. Heureusement, avec l’aide du naisseur, nous avons les soigner et aujourd’hui, ces bêtes trônent au milieu du troupeau.


Mes enfants ont suivi mes pérégrinations, s’y intéressant de près ou de loin. Ils aimaient le côté atypique de ce que je proposais, même si parfois, ça jasait dans le village. Toutefois, je mettais de côté tous ces commérages. J’emmenais mes lamas dans les fêtes de village. Et face à toutes ces personnes qui en avaient peur, qui les voyaient cracher, j’abattais les barrière. Je leur faisais comprendre ce qu’étaient vraiment les lamas. A la suite de l’accident de mon mari, nous avons changé notre façon de vivre. Nous avons saisi d’autres opportunités. Nous avons transformé la ferme, nous l’avons agencée pour nous y retrouver. Nous avons pu, dans cette campagne que nous avions choisi, retrouver cette part sociale que nous avions oubliée au sein des grandes villes. Nous avons oublié notre solitude pour aller à la rencontre des autres, accompagné de nos lamas.

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